Mercredi 4 novembre – 19h30 – à l’auditorium du Palais des Beaux-Arts (Lille)

The Six Billion Dollar Man de Eugene Jarecki (126 min, 2025)

États-Unis / VOSTF

Prix spécial du jury de l’Œil d’or – 10e anniversaire, Festival de Cannes 2025
Golden Globe Prize for Documentary 2025
Prix du public, Documentary Runner-Up – Sonoma International Film Festival 2026

Résumé

Être journaliste n’a jamais été aussi dangereux qu’aujourd’hui, dans un monde où la défense de la vérité est attaquée de toute part. Ce film retrace la saga de Julian Assange, figure emblématique contemporaine du droit à l’information, dont la récente sortie de prison a relancé le débat mondial sur la liberté de la presse. Grâce à un accès privilégié à des images et archives de Wikileaks et des preuves inédites, ce documentaire prend la forme d’un thriller high-tech international.

The Six Billion Dollar Man

Séance

Mercredi 4 novembre, 19h30

Projection suivie d’une rencontre avec Laurent Dauré (Journaliste indépendant, spécialiste des médias et de la liberté d’informer) et Thierry Cormier (programmateur cinéma au Fresnoy, conférencier et formateur en cinéma et audiovisuel).

Entrée gratuite (dans la limite des places disponibles) – RÉSERVATION EN LIGNE

Palais des Beaux-Arts
18 bis rue de Valmy, 59000 Lille

à propos de

À quand remonte votre découverte de Wikileaks et de Julian Assange ?
J’ai réalisé en 2005 le film Why We Fight, qui traitait de la façon dont la guerre en Irak avait été créée de toutes pièces par des forces extrêmement néfastes au sein du système politique et économique américain, pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec celles que nos gouvernants nous avaient annoncées, bien plus sombres, inhumaines et indéfendables. Cinq ans plus tard, alors que je me préparais à publier un livre sur le même sujet, The American Way of War, la vidéo « Collateral Murder » (massacre de journalistes et de civils le 12 juillet 2007 à Bagdad, filmé depuis un hélicoptère de l’armée américaine, NDLR) a été rendue publique par Wikileaks. J’ai grandi au début des années 70, au moment où la guerre du Vietnam a finalement été stoppée grâce à de courageux journalistes et lanceurs d’alerte aussi intrépides que Seymour Hersh, Elizabeth Baker, Daniel Ellsberg et tant d’autres qui ont mis en lumière les crimes des États-Unis, comme le massacre de My Lai, par exemple. J’ai donc toujours eu une grande passion pour le courage des individus qui, face au système, partagent des informations d’intérêt public. Je pense qu’une démocratie a besoin de ça, d’un flot d’informations s’échangeant entre citoyens, sans avoir à craindre l’obstruction des gouvernements, des corporations ou des médias dominants. Julian Assange venait de franchir une nouvelle étape dans ce rapport de force. Ce que représentait Wikileaks était inédit : un espace sécurisé pour tous les lanceurs d’alerte potentiels. Il n’y avait plus besoin de se cacher dans un parking sombre ou se glisser dans un terrain vague pour échanger des documents confidentiels. Wikileaks a créé une dropbox anonyme, une boîte aux lettres numérique dans laquelle déposer des vidéos, des photographies, des dossiers à la disposition du public, en toute sécurité. C’était une révolution. J’ai rencontré Julian Assange pour la première fois en 2011, et je l’ai interviewé en 2014 d’une façon assez peu orthodoxe. Je voulais le faire sortir de l’ambassade d’Équateur, et pour cela, je l’ai interviewé sur scène, lors du Nantucket Project, une sorte de TED Talk, assis à mes côtés, sous la forme d’un hologramme. Nous avons discuté du monde digital, de ses risques, de ses avantages… Il était extrêmement intelligent, mais aussi compliqué, irritable, difficile d’accès… Tout ce que peut-être une personne en butte au gouvernement le plus puissant de l’histoire, déterminé à user de tout son pouvoir pour le détruire. Dans ce contexte, réussir à le faire sortir de sa prison pixel par pixel était un acte radical. Pour autant, après cette interview, je dois admettre que je lui ai en quelque sorte tourné le dos, lorsque les accusations de viols en Suède ont été rendues publiques, ainsi que les soupçons d’ingérence de sa part dans l’élection américaine de 2016. Je me suis demandé, comme beaucoup d’autres, s’il n’avait pas basculé du côté obscur. Aujourd’hui, après avoir enquêté sur lui durant cinq ans avec l’aide d’une équipe de seize personnes, je peux affirmer en toute confiance que ce n’était pas le cas. Il n’a franchi aucune ligne rouge. Son pire crime a été de dévoiler des secrets qui étaient censés le rester. Julian Assange et Wikileaks étaient les premiers messagers à nous avertir du monde dans lequel nous sommes aujourd’hui.

Eugene Jarecki

Festival

Festival de Cannes (2025)
Zurich Film Festival (2025)
IDFA, International Documentary Film Festival Amsterdam (2025)
DOC NYC (2025)
Double Exposure Investigative Film Festival (2025)
Festival Vrai de Vrai (2025)
FIPADOC (2026)
Big Sky Documentary Film Festival (2026)
Santa Barbara International Film Festival (2026)
Independent Film Festival Boston (2026)
Beldocs (2026)
Millennium Docs Against Gravity (2026)
Nepatogus Kinas / Inconvenient Films (2026)

Eugene Jarecki

Bio réalisateur

Eugene Jarecki est un réalisateur et documentariste américain né en 1969. Formé au théâtre à Princeton, il se tourne vers le cinéma au début des années 1990 et développe depuis un travail documentaire centré sur les enjeux politiques et sociaux de la société américaine. Ses films explorent notamment les rapports de pouvoir, les institutions, la guerre, les libertés et les fractures de la société. À travers ses enquêtes, ses entretiens et son travail sur les archives, Jarecki cherche à faire émerger la complexité des situations et à confronter les différents points de vue. Son cinéma associe ainsi réflexion politique et recherche d’une forme narrative singulière. Il a reçu de nombreuses distinctions, dont deux Grands Prix du jury au Festival de Sundance. En 2025, il réalise The Six Billion Dollar Man, consacré à Julian Assange et aux enjeux liés à la liberté de la presse.

Filmographie d’Eugene Jarecki :
– 2025 : The Six Billion Dollar Man
– 2017 : The King
– 2012 : The House I Live In
– 2011 : Reagan
– 2010 : Freakonomics
– 2007 : Addiction
– 2005 : Why We Fight
– 2002 : The Trials of Henry Kissinger
– 2000 : Quest of the Carib Canoe

Laurent Dauré

Bio intervenants

Laurent Dauré est journaliste indépendant. Son travail porte notamment sur la géopolitique, les relations internationales, les médias et les mécanismes de fabrication et de circulation de l’information. Il s’intéresse particulièrement aux rapports entre médias, pouvoirs politiques et économiques, ainsi qu’aux enjeux liés à la liberté d’informer. Il intervient régulièrement sur ces questions dans différents médias et publications. Il est également membre fondateur du Comité de soutien à Julian Assange et travaille depuis plusieurs années sur les enjeux politiques et médiatiques liés à l’affaire WikiLeaks.

Thierry Cormier est programmateur cinéma au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, conférencier et formateur en cinéma et audiovisuel. Il intervient régulièrement autour de l’analyse des films, de l’histoire du cinéma et des relations entre cinéma et société.